Calcul loyer location-gérance fonds de commerce : redevance HT, TVA et périodicité (2026)

min de lecture · Mis à jour le par Mehdi Kabbaj

⚡ En bref — Redevance de location-gérance

Formule : Redevance HT = Part fixe annuelle + (Taux variable × CA HT prévisionnel). TVA 20 % s'ajoute. Base légale : art. L144-1 à L144-13 du Code de commerce. Le locataire-gérant a la qualité de commerçant indépendant.

Élément cléRègle / Repère
TVA sur redevance20 % (taux normal) si bailleur assujetti
Part variable (repère marché)1 % à 10 % du CA HT selon secteur — indicatif
Publication légale obligatoireJAL dans les 15 jours (art. L144-5)
Solidarité dettes créanciersArt. L144-6 : exigibilité immédiate possible
Imposition du propriétaireBIC (et non revenus fonciers)
Viabilité redevanceRecommandé : < 30-40 % de l'EBE du fonds

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Formule de calcul de la redevance de location-gérance

La redevance de location-gérance — souvent désignée par le terme « loyer » dans le langage courant mais juridiquement distincte d'un loyer immobilier — résulte d'une négociation libre entre les parties. La loi n'impose aucun montant minimum ni maximum. Deux architectures dominent les pratiques contractuelles françaises.

Redevance HT = Part fixe annuelle + (Taux variable × CA HT prévisionnel)
TVA 20 % = Redevance HT × 0,20 — Redevance TTC = Redevance HT × 1,20

Structure 1 — Redevance fixe

La redevance est un montant forfaitaire mensuel ou annuel, indépendant du chiffre d'affaires réalisé. Avantage pour le propriétaire : sécurité des encaissements. Avantage pour le locataire-gérant : prévisibilité de la charge. Inconvénient : le propriétaire ne bénéficie pas d'une hausse d'activité, et le locataire-gérant supporte une charge fixe même en cas de baisse de fréquentation. Ce modèle convient aux fonds à clientèle stable (officines, cabinets spécialisés).

Structure 2 — Redevance variable (% du CA)

La redevance est calculée en appliquant un pourcentage convenu au chiffre d'affaires HT réalisé par le locataire-gérant sur la période. Ce modèle aligne les intérêts des deux parties : si le fonds croît, le propriétaire en profite. Si l'activité faiblit, la charge du locataire-gérant est automatiquement allégée. Le risque principal est la difficulté de contrôle du CA réel déclaré, ce qui nécessite souvent une clause de communication des relevés de caisse ou des déclarations fiscales.

Structure 3 — Mixte (fixe + variable) — la plus utilisée

La majorité des contrats de location-gérance prévoient une part fixe plancher (garantissant un revenu minimum au propriétaire) plus une part variable (associant propriétaire et locataire-gérant aux performances). La part fixe couvre les charges incompressibles du propriétaire (remboursement de crédit éventuel, charges, assurance) et la part variable rémunère le fonds lui-même en fonction de son exploitation.

Exemple : Part fixe 15 000 €/an HT + 4 % × 300 000 € CA HT = 15 000 + 12 000 = 27 000 €/an HT, soit 2 250 €/mois HT + TVA 20 % = 2 700 €/mois TTC.

Vérification par l'EBE — la règle des 30-40 %

Mehdi Kabbaj recommande de soumettre toute redevance à un test de viabilité économique : la redevance totale annuelle (fixe + variable) ne devrait pas dépasser 30 à 40 % de l'Excédent Brut d'Exploitation (EBE) moyen du fonds sur les 3 dernières années. Une redevance supérieure à ce seuil expose le locataire-gérant à une insuffisance de trésorerie dès la première année difficile, avec pour conséquence un défaut de paiement, une rupture anticipée du contrat et la récupération par le propriétaire d'un fonds souvent dégradé (clientèle perdue, matériel usé, réputation atteinte). Ce seuil n'est pas légal — il s'agit d'une règle de bon sens fondée sur les pratiques observées dans les greffes de tribunaux de commerce.

TVA et fiscalité de la redevance de location-gérance

TVA à 20 % sur la redevance

La redevance de location-gérance est soumise à la TVA au taux normal de 20 % (article 259 du CGI) dès lors que le bailleur est assujetti à la TVA. La redevance porte sur la mise à disposition d'un fonds (éléments incorporels : clientèle, enseigne, droit au bail ; éléments corporels : matériel, mobilier, stocks éventuels). Cette qualification en « prestation de services » la distingue des loyers d'immeubles nus, qui peuvent bénéficier d'une exonération TVA.

Le locataire-gérant, qui est lui-même commerçant assujetti à la TVA, peut déduire la TVA ainsi facturée sur la redevance, à condition qu'elle soit affectée à une activité économique taxée. Cette déductibilité est un avantage économique réel par rapport à la TVA non récupérable supportée par les consommateurs finaux.

Imposition du propriétaire du fonds — régime BIC

La redevance perçue par le propriétaire du fonds est imposée dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), conformément à la doctrine BOFiP. Cette catégorie s'applique que le propriétaire soit une personne physique ou une personne morale. Deux sous-cas :

  • Propriétaire personne physique : la redevance est déclarée en BIC non professionnels ou professionnels selon que l'activité de mise en gérance est ou non exercée à titre professionnel habituel (critère de l'activité principale). Elle est soumise au barème progressif de l'impôt sur le revenu.
  • Propriétaire société : la redevance est intégrée dans le résultat fiscal de la société et soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) au taux de droit commun (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice pour les PME éligibles, 25 % au-delà).

La redevance n'est pas imposée en revenus fonciers — catégorie réservée aux loyers d'immeubles (appartements, locaux commerciaux nus). Cette distinction est fondamentale pour éviter une erreur de déclaration fiscale, qui peut entraîner un redressement.

Déductibilité de la redevance chez le locataire-gérant

Pour le locataire-gérant, la redevance versée est une charge d'exploitation déductible du résultat fiscal (BIC ou IS selon sa forme juridique). Elle figure dans les charges de gestion courante. La redevance HT est déductible ; la TVA est récupérée séparément sur la déclaration de TVA. Cette déductibilité améliore le résultat fiscal du locataire-gérant et réduit mécaniquement l'IS ou l'IR dû.

Attention aux situations de non-assujettissement

Si le propriétaire du fonds est en franchise de base de TVA (chiffre d'affaires inférieur aux seuils de l'article 293 B du CGI : 36 800 € pour les prestations de services en 2026), la redevance peut être facturée sans TVA. Dans ce cas, le locataire-gérant ne peut pas déduire de TVA, mais la redevance est inférieure en montant brut. Ce cas concerne surtout les petits fonds artisanaux.

Taux de redevance par secteur d'activité — repères de marché 2026 (indicatifs)

Ces fourchettes sont issues des pratiques observées dans les transactions de fonds de commerce et les dossiers de location-gérance traités par les CCI et les greffes de tribunaux de commerce. Elles ont un caractère purement indicatif — aucun texte légal ne réglemente le taux de redevance. La négociation reste toujours libre.

Secteur d'activitéTaux variable (% CA HT)Particularités et points d'attention
Restauration, brasserie, café5 – 8 %Forfait plancher + % variable courant. Forte variabilité saisonnière à prévoir.
Commerce alimentaire de détail3 – 6 %Marges faibles, taux réduit. Vérifier les conditions de la centrale d'achat.
Salon de coiffure, esthétique6 – 10 %Forte valeur de la clientèle. Souvent modèle 100 % variable avec plancher.
Agence immobilière4 – 7 %CA très variable selon le marché. Préférer un forfait plancher sécurisant.
Officine pharmaceutique2 – 4 %CA élevé mais marges réglementées. Autorisation administrative préalable requise.
Commerce non alimentaire (mode, déco)5 – 9 %Forte saisonnalité. Indexer la redevance sur l'IPC si contrat longue durée.
Pressing, laverie6 – 10 %Investissement matériel élevé — vérifier l'état des équipements avant signature.
Garage, auto-école3 – 6 %Agréments professionnels à transférer ou renouveler. Vérifier avec la préfecture.

Source : pratiques CCI France, observatoires des greffes de tribunaux de commerce, dossiers de location-gérance 2023-2026. Ces données sont indicatives — Mehdi Kabbaj ne garantit pas leur applicabilité à toute situation particulière.

Exemple chiffré — Location-gérance d'une brasserie à Toulouse

Situation : Karim, 58 ans, possède une brasserie à Toulouse depuis 12 ans. Le chiffre d'affaires HT moyen sur 3 ans est de 480 000 €/an, avec un EBE de 96 000 €/an (marge EBE de 20 %). Il souhaite mettre le fonds en location-gérance pour préparer sa retraite tout en conservant la propriété du fonds. Mehdi Kabbaj analyse les options.


Option A — Modèle 100 % variable à 6 % du CA HT :
Redevance = 6 % × 480 000 = 28 800 €/an HT = 2 400 €/mois HT
TVA 20 % : 480 €/mois → TTC : 2 880 €/mois
Ratio EBE : 28 800 / 96 000 = 30 % — soutenable

Option B — Mixte : forfait 1 800 €/mois HT + 3 % du CA HT :
Part fixe : 21 600 €/an HT · Part variable : 3 % × 480 000 = 14 400 €/an HT
Total : 36 000 €/an HT = 3 000 €/mois HT + TVA = 3 600 €/mois TTC
Ratio EBE : 36 000 / 96 000 = 37,5 % — limite haute, attention

Décision recommandée : L'option A est plus prudente pour le locataire-gérant ; l'option B sécurise davantage Karim si le CA baisse. Karim choisit l'option A avec une clause de révision annuelle indexée sur l'IPC alimentaire. Publication JAL effectuée à J+8. Le locataire-gérant s'immatricule au RCS de Toulouse comme commerçant indépendant.

Erreurs fréquentes à éviter

Erreur n°1 — Oublier la publication JAL dans les 15 jours (art. L144-5)
C'est l'erreur la plus coûteuse. Sans publication dans un support habilité à recevoir des annonces légales dans les 15 jours suivant la prise d'effet du contrat, le propriétaire reste solidairement responsable de toutes les dettes du locataire-gérant envers les tiers — fournisseurs, charges sociales, loyer des murs — sans limitation de montant ni de durée. La publication est obligatoire même entre membres d'une même famille.
Erreur n°2 — Fixer une redevance supérieure à 50 % de l'EBE
Une redevance excessive rend l'exploitation économiquement intenable pour le locataire-gérant. En dessous de 30-40 % de l'EBE, la charge est supportable. Au-delà, le risque de défaut de paiement est élevé dès la première baisse d'activité. Le propriétaire récupère alors un fonds souvent dégradé (clientèle perdue, matériel usé, réputation atteinte) et sans recours efficace.
Erreur n°3 — Confondre location-gérance et bail commercial
La location-gérance porte sur le fonds (clientèle, enseigne, matériel, droit au bail). Le bail commercial porte sur les murs (l'immeuble). Ce sont deux contrats distincts soumis à des régimes juridiques différents. Un propriétaire qui met son fonds en location-gérance tout en étant locataire des murs doit obtenir l'accord écrit du propriétaire des murs pour sous-louer le bail commercial — à défaut, la sous-location est nulle.
Erreur n°4 — Ne pas vérifier la condition de deux ans d'exploitation préalable
L'article L144-2 du Code de commerce impose que le loueur ait exploité personnellement le fonds pendant au moins deux ans avant de le mettre en location-gérance. Si cette condition n'est pas remplie, le contrat peut être annulé. En cas de circonstances légitimes (maladie, incapacité), une dérogation peut être accordée par le président du tribunal de commerce sur requête.
Erreur n°5 — Négliger la clause de communication du CA réel
Lorsque la redevance comporte une part variable indexée sur le CA, le contrat doit prévoir explicitement une clause de communication régulière (mensuelle ou trimestrielle) du CA réel réalisé, accompagnée de pièces justificatives (relevés de caisse, déclaration de TVA). Sans cette clause, le propriétaire ne peut pas contrôler l'exactitude de la base de calcul de sa redevance variable.

Location-gérance vs bail commercial — comparatif

Ces deux contrats sont fondamentalement différents. Un propriétaire d'un fonds qui est également propriétaire des murs peut cumuler les deux : bail commercial pour les murs et location-gérance pour le fonds. Voici les principales différences.

CritèreLocation-gérance (art. L144-1 C.com)Bail commercial (art. L145-1 C.com)
ObjetFonds de commerce (clientèle, enseigne, matériel)Locaux commerciaux (l'immeuble)
Durée minimale légaleAucune9 ans (avec faculté de résiliation à 3 et 6 ans)
Indemnité d'évictionAucune à l'expirationDroit potentiel à indemnité d'éviction
Publication légaleObligatoire — JAL dans les 15 jours (art. L144-5)Non obligatoire (enregistrement optionnel)
Qualité du preneurCommerçant ou artisan (immatriculation RCS)Locataire des murs (peut être ou non commerçant)
TVA sur loyer/redevance20 % (prestation de services)Exonérée par défaut, option TVA possible
IndexationLibre (IPC, ILC ou sectoriel)ILC ou ILAT (selon activité)

Négocier la redevance : méthodes pratiques

La négociation de la redevance de location-gérance repose sur trois piliers : la valorisation du fonds, l'analyse de sa rentabilité passée, et la projection de sa rentabilité future sous la gestion du locataire-gérant. Mehdi Kabbaj détaille les méthodes courantes.

Méthode 1 — Pourcentage du CA historique

La méthode la plus utilisée consiste à appliquer un taux à la moyenne du CA HT réalisé sur les 3 derniers exercices clos. Le CA retenu est le CA réel figurant dans les déclarations fiscales (liasse 2031 ou 2065) — pas le CA prévisionnel établi par le futur locataire-gérant, qui peut être optimiste. Le taux applicable varie selon le secteur (voir tableau ci-dessus).

Méthode 2 — Pourcentage de la valeur du fonds

Certains praticiens calculent la redevance comme un taux de rendement appliqué à la valeur vénale du fonds. Si un fonds est estimé à 200 000 € et que le propriétaire souhaite un rendement de 8 %, la redevance annuelle est de 16 000 €/an HT. Cette méthode est cohérente avec une logique d'investissement immobilier mais est moins répandue que le % CA dans la pratique commerciale française.

Méthode 3 — Référence à l'EBE

La méthode par l'EBE fixe la redevance comme un pourcentage de l'excédent brut d'exploitation. Objectif : garantir que le locataire-gérant puisse payer la redevance tout en dégageant une rémunération acceptable pour lui-même. Exemple : EBE moyen 60 000 €/an, redevance fixée à 30 % = 18 000 €/an HT. Le solde (42 000 €) couvre la rémunération du gérant, ses charges sociales personnelles et sa marge bénéficiaire.

Révision de la redevance — clause d'indexation

Le contrat de location-gérance peut prévoir une révision annuelle de la part fixe de la redevance indexée sur un indice. Les indices les plus utilisés :

  • Indice des Loyers Commerciaux (ILC) — publié trimestriellement par l'INSEE, conçu pour les baux commerciaux et applicable par analogie aux locations-gérance.
  • Indice des Prix à la Consommation (IPC) — indice d'ensemble hors tabac, applicable à tout type de contrat commercial.
  • Indice sectoriel — pour les secteurs à forte spécificité (ex. IPC alimentaire pour la restauration).

En l'absence de clause d'indexation, la redevance reste figée au montant initial pendant toute la durée du contrat, ce qui défavorise le propriétaire en période inflationniste.

❓ Questions fréquentes — Redevance location-gérance (12)

Comment calculer la redevance de location-gérance d'un fonds de commerce ?
La redevance est calculée en additionnant une part fixe annuelle (librement négociée) et une part variable égale au taux convenu multiplié par le chiffre d'affaires HT prévisionnel. Il n'existe pas de formule légale imposée — les articles L144-1 à L144-13 du Code de commerce organisent le contrat mais ne fixent pas le montant de la redevance. Exemple concret : part fixe 12 000 €/an HT + 5 % × 200 000 € CA HT = 22 000 €/an HT, soit 1 833 €/mois HT. À cela s'ajoute la TVA à 20 % si le bailleur est assujetti, soit 22 000 × 1,20 = 26 400 €/an TTC (2 200 €/mois TTC). La redevance doit rester économiquement viable pour le locataire-gérant : elle ne devrait pas dépasser 30 à 40 % de l'EBE moyen du fonds sur les 3 derniers exercices clos.
La redevance de location-gérance est-elle soumise à TVA ?
Oui. La redevance de location-gérance est soumise à la TVA au taux normal de 20 % (article 259 du CGI) lorsque le bailleur est assujetti à la TVA. La redevance porte sur la mise à disposition d'un fonds de commerce (clientèle, enseigne, droit au bail, matériel) — cette prestation relève de la catégorie des services taxables, contrairement aux loyers d'immeubles nus qui peuvent bénéficier d'une exonération TVA. Le locataire-gérant, qui est lui-même commerçant assujetti, peut déduire cette TVA sur sa déclaration CA3 mensuelle ou trimestrielle. Si le bailleur est en franchise de base de TVA (CA en dessous du seuil art. 293 B CGI), la redevance peut être facturée sans TVA.
Quelle est la différence entre location-gérance et bail commercial ?
La location-gérance (articles L144-1 à L144-13 du Code de commerce) porte sur le fonds de commerce : clientèle, enseigne, matériel, droit au bail. Le bail commercial (articles L145-1 et suivants du Code de commerce) porte sur les locaux commerciaux (l'immeuble). Ces deux contrats sont totalement distincts. Le locataire d'un bail commercial exploite les murs ; le locataire-gérant exploite le fonds. Un propriétaire qui met son fonds en location-gérance tout en étant locataire des murs doit obligatoirement obtenir l'accord écrit du propriétaire des murs pour sous-louer le bail commercial — à défaut, la sous-location est nulle. Autre différence majeure : à l'expiration de la location-gérance, le locataire-gérant ne peut réclamer aucune indemnité d'éviction, contrairement au locataire commercial.
Quel taux variable appliquer à la redevance de location-gérance ?
Aucun texte légal ne fixe de taux. Les pratiques de marché varient selon le secteur : restauration 5-8 % du CA HT, commerce alimentaire 3-6 %, salon de coiffure et esthétique 6-10 %, agence immobilière 4-7 %, officine pharmaceutique 2-4 %. Ces fourchettes sont indicatives — issues des observations CCI France et des greffes de tribunaux de commerce. La redevance totale (fixe + variable) devrait rester inférieure à 30-40 % de l'EBE du fonds pour être économiquement supportable. Un taux trop élevé expose le locataire-gérant à un défaut de paiement dès la première baisse de chiffre d'affaires, avec pour conséquence la récupération par le propriétaire d'un fonds dégradé.
Faut-il publier le contrat de location-gérance dans un journal d'annonces légales ?
Oui, c'est une obligation légale. L'article L144-5 du Code de commerce impose la publication du contrat de location-gérance dans un support habilité à recevoir des annonces légales (SHAL) dans les 15 jours suivant sa prise d'effet. Cette publicité informe les tiers (fournisseurs, créanciers, administration) de l'existence du contrat. Sans cette publication, le propriétaire reste solidairement responsable — envers tous les tiers — de toutes les dettes professionnelles contractées par le locataire-gérant dans l'exploitation du fonds, et ce sans limitation de montant ni de durée. Cette solidarité peut engager le patrimoine personnel du propriétaire. L'obligation est identique même si le contrat est conclu entre membres d'une même famille.
Comment est imposée la redevance perçue par le propriétaire du fonds ?
La redevance perçue par le propriétaire du fonds est imposée dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), et non en revenus fonciers (catégorie réservée aux loyers d'immeubles). Pour une personne physique, la redevance est déclarée en BIC non professionnels ou professionnels selon les circonstances, et soumise au barème progressif de l'impôt sur le revenu. Pour une personne morale (société), elle est intégrée dans le résultat fiscal et soumise à l'impôt sur les sociétés. Cette distinction BIC / revenus fonciers est fondamentale : une erreur de catégorie dans la déclaration peut entraîner un redressement fiscal. Le BOFiP (BIC — entreprises — location-gérance) confirme l'application de la catégorie BIC.
Le locataire-gérant doit-il s'immatriculer au RCS ?
Oui, c'est obligatoire. L'article L144-1 du Code de commerce dispose expressément que le locataire-gérant a la qualité de commerçant. Il doit à ce titre s'immatriculer au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) dans le ressort du tribunal de commerce du lieu d'exploitation du fonds. Cette immatriculation doit intervenir avant ou dès la prise d'effet du contrat. En qualité de commerçant, le locataire-gérant est responsable personnellement de toutes les dettes liées à son exploitation : charges sociales (cotisations TNS ou régime général selon son statut), impôts, dettes fournisseurs, loyers. Il doit également souscrire ses propres assurances professionnelles (responsabilité civile professionnelle, assurance du fonds de commerce).
Qu'est-ce que la solidarité des créanciers en location-gérance (art. L144-6) ?
L'article L144-6 du Code de commerce dispose que les créanciers du loueur (propriétaire du fonds) peuvent demander en justice l'exigibilité immédiate de leurs créances lorsque la mise en location-gérance compromet leurs intérêts. Par exemple, si un propriétaire de fonds avait des emprunts garantis par les actifs du fonds, et que la mise en gérance réduit sa capacité de remboursement, ses créanciers peuvent demander le remboursement anticipé. Cette disposition protège les créanciers antérieurs à la mise en gérance. Elle s'ajoute à la règle de l'article L144-5 (solidarité en l'absence de publication), qui protège les créanciers du locataire-gérant.
Peut-on prévoir une clause d'indexation de la redevance ?
Oui. La redevance peut être révisée annuellement sur la base d'un indice convenu entre les parties. Les indices couramment utilisés sont l'Indice des Loyers Commerciaux (ILC) — publié trimestriellement par l'INSEE — l'Indice des Prix à la Consommation (IPC) hors tabac, ou un indice sectoriel spécifique. L'indexation ne s'applique qu'à la part fixe de la redevance ; la part variable est mécaniquement indexée sur le CA réel. La clause d'indexation doit préciser l'indice de référence, la date anniversaire de révision et la formule de calcul (ex. : redevance N+1 = redevance N × ILC trimestre N / ILC trimestre N-4). En l'absence de clause, la redevance reste figée, ce qui défavorise le propriétaire en période d'inflation.
Peut-on convertir une location-gérance en cession définitive du fonds ?
Oui. La location-gérance sert fréquemment de prélude à une cession définitive du fonds. Le locataire-gérant exploite le fonds pendant 1 à 3 ans, valide sa viabilité commerciale sous sa gestion, puis négocie son rachat. La valeur de cession tient compte des résultats réalisés pendant la période de gérance, qui servent de base à l'évaluation. Le prix de cession est librement négocié — il peut intégrer une décote si le fonds s'est dégradé sous la gérance, ou une prime si le CA a progressé. Aucune disposition légale n'impose de durée minimale de location-gérance avant cession. La promesse de vente peut être stipulée dès la signature du contrat de gérance, avec un prix d'option fixé à l'avance.
La location-gérance est-elle possible pour tous les types de fonds de commerce ?
Le principe est oui, mais des exceptions et des conditions spécifiques s'appliquent selon le secteur. Les officines pharmaceutiques (pharmacies) font l'objet d'une réglementation spécifique (Code de la santé publique) qui encadre la gérance pharmaceutique. Les débits de boissons avec licence (licence II, III ou IV) nécessitent une déclaration ou un accord préfectoral pour le transfert de la licence au locataire-gérant — sans accord, la licence reste inactive. Les fonds exploitant une franchise de réseau (fast-food, enseignes nationales) doivent respecter les clauses du contrat de franchise qui peut interdire la sous-gérance sans accord du franchiseur. Les fonds artisanaux sont soumis aux mêmes règles que les fonds commerciaux mais avec immatriculation au Répertoire des Métiers (RM) plutôt qu'au RCS.
Quelle durée minimale pour un contrat de location-gérance ?
La loi ne fixe aucune durée minimale. Un contrat de location-gérance de 6 mois est légalement valide. En pratique, les contrats sont le plus souvent conclus pour 1 à 3 ans, renouvelables expressément ou tacitement. Une durée trop courte peut fragiliser l'investissement du locataire-gérant (qui doit s'immatriculer, souscrire des assurances, former son personnel) et l'inciter à ne pas entretenir le fonds s'il sait que son contrat ne sera pas renouvelé. Le contrat doit prévoir une procédure de résiliation et un préavis raisonnable (3 à 6 mois). La clause de renouvellement doit être rédigée avec soin : sans clause, le renouvellement tacite peut exposer les deux parties à des incertitudes juridiques sur la durée effective du contrat reconduit.

Sources officielles

MK
Mehdi Kabbaj — Spécialiste droit commercial, fiscalité immobilière et fonds de commerce
Mehdi Kabbaj analyse et vulgarise le droit de la location-gérance, les baux commerciaux et la fiscalité des fonds de commerce depuis plus de 8 ans. Ses travaux s'appuient sur le Code de commerce (art. L144-1 à L144-13), le BOFiP BIC, les pratiques CCI et les observatoires des greffes de tribunaux de commerce. Mis à jour le . Les résultats fournis ont un caractère indicatif et ne constituent pas un conseil juridique ou fiscal — consultez un professionnel pour votre situation.
Avertissement : Les résultats fournis sont indicatifs et ne constituent pas un conseil juridique ou fiscal. Pour votre situation personnelle, consultez un avocat spécialisé en droit commercial ou un expert-comptable.