Calcul de l'héritage en islam — parts coraniques (fara'id) 2026
Le calcul reflète les parts coraniques (fara'id) selon le fiqh sunnite majoritaire. En France, la dévolution successorale est régie par le Code civil (réserve héréditaire, art. 912 et suivants) : ce calcul n'a aucune valeur légale en France et ne peut pas être imposé. Les écoles juridiques (malikite, hanafite, chaféite, hanbalite, chiisme) peuvent diverger sur certains cas. Pour un partage effectif, consultez un notaire et, le cas échéant, un savant qualifié.
⚡ En bref — parts coraniques fixes (fara'id)
| Héritier | Sans descendant | Avec descendant(s) | Statut |
|---|---|---|---|
| Époux (mari) | 1/2 | 1/4 | Ashab al-furud |
| Épouse(s) | 1/4 | 1/8 | Ashab al-furud |
| Fille unique (sans frère) | 1/2 | Ashab al-furud | |
| ≥ 2 filles (sans frère) | 2/3 partagés | Ashab al-furud | |
| Père | Résidu ('asaba) | 1/6 (+ résidu si filles seules) | Mixte |
| Mère | 1/3 | 1/6 | Ashab al-furud |
| Fils | Résidu ('asaba) — double d'une fille | 'Asaba | |
🧮 Calculateur de parts coraniques (fara'id)
Saisissez la configuration familiale. Le calculateur applique les parts fixes (furud) puis répartit le résidu entre les 'asaba (règle 2:1 fils/filles). Résultat éducatif — aucune valeur légale en France.
Simulateur de part successorale — droit civil français
Calculez la part de chaque héritier selon le Code civil : réserve héréditaire, quotité disponible, abattements 100 000 €. Outil complémentaire au calcul des fara'id.
Fondements coraniques des fara'id — les versets successoraux
Le droit islamique des successions, appelé fiqh al-mawarith ou fara'id (علم الفرائض, la science des parts obligatoires), tire son fondement de trois passages précis du Coran. Ces textes, révélés au prophète Muhammad au 7e siècle, constituent la base normative partagée par toutes les écoles juridiques sunnites et chiites, même si leur interprétation diverge sur certains points.
Le verset 12 de la même sourate fixe les parts du conjoint survivant et des frères et sœurs utérins. Le verset 176 précise les règles dans le cas d'un défunt sans descendant direct laissant des frères et sœurs. Ces trois versets constituent l'intégralité du corpus coranique normatif en matière successorale — une rareté dans un texte qui aborde plus souvent les principes généraux que les règles techniques précises.
La discipline scientifique : 'ilm al-fara'id
Le prophète Muhammad a lui-même qualifié les fara'id de « la moitié de la connaissance » ('ilm), soulignant leur importance pratique dans la vie des croyants. Cette affirmation a donné naissance à une discipline académique autonome, distincte de la jurisprudence générale (fiqh). Les savants spécialisés dans les fara'id, appelés furadiyyin, maîtrisent l'arithmétique successorale : identification des héritiers légaux, calcul du dénominateur commun (asl al-mas'ala), application des mécanismes d'awl et de radd, et résolution des cas de hajb (exclusion d'un héritier par un autre).
La méthode traditionnelle utilise des fractions sur un dénominateur de base (6, 8, 12, 24) choisi pour être divisible par toutes les parts en jeu. Mehdi Kabbaj précise que le calcul digital moderne n'a pas modifié la substance de cette méthode : il l'automatise et la rend accessible à tous, mais la vérification par un spécialiste reste indispensable pour les successions réelles.
Statut dans les pays musulmans et en Europe
Les fara'id ont force de loi dans la plupart des pays à majorité musulmane : Arabie Saoudite, Égypte, Maroc, Algérie, Tunisie, Pakistan, Bangladesh, Malaisie (pour les Musulmans). En Turquie, la laïcisation du droit civil en 1926 (calquée sur le Code civil suisse) a mis fin à l'application officielle des fara'id. En Europe, ces règles ne s'appliquent pas automatiquement : ce sont les législations nationales qui s'imposent, avec la possibilité limitée (et conditionnée) d'opter pour sa loi nationale via le règlement UE 650/2012.
Les héritiers prioritaires (ashab al-furud) — parts fixes en détail
Les ashab al-furud (أصحاب الفروض) sont les héritiers dont la part est explicitement fixée par le Coran ou la Sunna. Ils sont au nombre de dix à douze selon les écoles, et leur vocation successorale prime sur celle des résiduaires ('asaba). Voici le détail de chaque catégorie avec les conditions précises d'attribution, compilé par Mehdi Kabbaj.
Le conjoint survivant
L'époux (mari de la défunte) : il reçoit 1/2 si sa femme n'a pas laissé de descendant (fils ou fille, quel que soit leur propre enfant). Il reçoit 1/4 si elle a au moins un descendant direct. Cette part n'est pas réduite par le nombre de co-héritiers : que la défunte laisse un fils ou dix enfants, le mari reçoit toujours le même quart. Source : An-Nisa v.12.
L'épouse (femme du défunt) : elle reçoit 1/4 si le défunt n'a pas de descendant, et 1/8 s'il en a. En cas de polygamie légale, toutes les épouses partagent à parts égales ce 1/4 ou ce 1/8. Un homme marié à quatre femmes dont le décès laisse deux enfants : chaque épouse reçoit 1/32 du patrimoine (1/8 ÷ 4). Source : An-Nisa v.12.
Les filles
La règle successorale coranique distingue trois configurations pour les filles :
- Fille unique, sans frère : elle reçoit 1/2 du patrimoine en tant que ashab al-furud.
- Deux filles ou plus, sans frère : elles se partagent 2/3 du patrimoine à parts égales.
- Filles avec au moins un frère : elles perdent leur statut d'ashab al-furud et deviennent 'asaba (résiduaires) avec la règle du double — chaque fils reçoit deux fois la part d'une fille. Ce mécanisme est dit 'asaba bi-l-ghair (résiduaire par un autre, le frère en l'occurrence).
Le père
Le père est un héritier mixte dont le statut change selon la configuration :
- En présence d'un fils : le père reçoit 1/6 fixe (ashab al-furud). Le fils prend ensuite le résidu en tant que 'asaba.
- En présence de fille(s) uniquement : le père reçoit 1/6 fixe + le résidu après les autres furud. Cette configuration combine son statut d'ashab al-furud (pour le 1/6) et de 'asaba (pour le reliquat).
- Sans descendant : le père reçoit tout le résidu en tant que 'asaba. Il peut ainsi obtenir la totalité du patrimoine s'il est seul héritier.
La présence du père bloque (hajb) les frères et sœurs germains du défunt. Cette règle, partagée par toutes les écoles sunnites, reflète la priorité de la ligne descendante directe sur la ligne collatérale.
La mère
La mère reçoit 1/3 lorsque le défunt n'a pas de descendant et n'a qu'un seul frère ou sœur (ou aucun). Elle reçoit 1/6 dans deux cas : en présence d'un enfant du défunt, ou en présence de deux frères/sœurs ou plus du défunt (même sans descendant). Cette réduction de sa part en présence des frères du défunt — alors qu'ils n'héritent eux-mêmes rien si le père est vivant — s'explique par la jurisprudence classique visant à préserver les ressources des frères pour leurs propres familles.
Une configuration particulière — dite de la musharaka ou umariyya — concerne le cas où le défunt laisse époux + mère + père. L'école malikite et l'école chaféite attribuent à la mère 1/3 du résidu (après la part du conjoint), alors que les écoles hanafite et hanbalite lui attribuent 1/3 du total. Ce point de divergence illustre que même pour des cas apparemment simples, les écoles de fiqh ne convergent pas toujours.
Les frères et sœurs utérins
Les frères et sœurs utérins (issus de la même mère mais d'un père différent) sont héritiers prioritaires dans les conditions suivantes :
- Un seul frère ou sœur utérin : 1/6.
- Deux ou plus : 1/3 partagé à parts égales, sans distinction de sexe (contrairement aux frères germains qui suivent la règle 2:1).
Ils sont exclus en présence d'un descendant (fils ou fille) ou du père du défunt. Ce calculateur, qui couvre les cas courants (conjoint + enfants + parents), ne gère pas les frères et sœurs utérins. Mehdi Kabbaj recommande une consultation spécialisée pour ces configurations.
| Héritier | Configuration A | Part A | Configuration B | Part B |
|---|---|---|---|---|
| Époux | Sans descendant | 1/2 | Avec descendant | 1/4 |
| Épouse | Sans descendant | 1/4 | Avec descendant | 1/8 |
| Fille(s) seule(s) | 1 fille, sans frère | 1/2 | ≥ 2 filles, sans frère | 2/3 |
| Père | Avec fils | 1/6 | Sans descendant | Résidu |
| Mère | Avec descendant | 1/6 | Sans descendant ni frères multiples | 1/3 |
| Frère/sœur utérin(e) | Un seul | 1/6 | Deux ou plus | 1/3 |
Les résiduaires ('asaba) — fils, père et règle du double
Les 'asaba (العصبة, les résiduaires) sont les héritiers qui reçoivent ce qui reste du patrimoine après attribution des parts fixes (furud). Si aucun 'asaba n'existe et que les furud n'épuisent pas la succession, le mécanisme du radd (retour) permet de redistribuer le surplus aux ashab al-furud.
La règle du double — fils et filles ensemble
Lorsque des fils et des filles héritent ensemble en tant que 'asaba, le principe coranique (An-Nisa v.11) stipule qu'un fils reçoit le double de ce qu'une fille reçoit. Ce ratio 2:1 s'applique au résidu après prélèvement des parts fixes :
Résidu ÷ (nbFils × 2 + nbFilles × 1) = part unitaireChaque fils = 2 × part unitaire · Chaque fille = 1 × part unitaire
Exemple concret avec Mehdi Kabbaj : succession de 180 000 €, défunt laissant une épouse, 2 fils, 1 fille, père vivant.
- Épouse (avec descendant) : 1/8 = 22 500 €
- Père (avec fils) : 1/6 = 30 000 €
- Résidu : 180 000 − 22 500 − 30 000 = 127 500 €
- Unités 'asaba : 2 fils × 2 + 1 fille × 1 = 5 unités
- Part unitaire : 127 500 ÷ 5 = 25 500 €
- Chaque fils : 2 × 25 500 = 51 000 € · La fille : 25 500 €
- Vérification : 22 500 + 30 000 + 51 000 + 51 000 + 25 500 = 180 000 € ✓
Le père 'asaba en présence de filles seulement
Cette configuration est particulièrement intéressante : lorsque le défunt laisse un père et des filles (sans fils), le père cumule le statut de ashab al-furud et celui de 'asaba. Il prend d'abord son 1/6 fixe, puis récupère le résidu. Les filles, elles, prennent leurs parts fixes (1/2 pour une, 2/3 pour plusieurs). Le résidu revient ensuite au père — jamais aux filles dans ce cas.
Exemple : succession de 120 000 €, défunte laissant père + 2 filles, pas de conjoint, pas de mère.
- Père (1/6 fixe) : 120 000 × 1/6 = 20 000 €
- 2 filles (2/3 partagés) : 120 000 × 2/3 = 80 000 € → chaque fille : 40 000 €
- Résidu : 120 000 − 20 000 − 80 000 = 20 000 € → revient au père ('asaba)
- Total père : 20 000 + 20 000 = 40 000 €
- Vérification : 40 000 + 40 000 + 40 000 = 120 000 € ✓
Ordre de priorité des 'asaba masculins
En l'absence de fils, plusieurs catégories d'hommes peuvent prétendre au statut de 'asaba selon un ordre de priorité strict : (1) fils du défunt, (2) petit-fils paternel, (3) père du défunt, (4) grand-père paternel, (5) frères germains, (6) frères consanguins, (7) fils de frère germain, etc. Cette hiérarchie, dite 'asaba bi-nafsihi (résiduaire par lui-même), suit la règle : le degré de parenté le plus proche exclut les degrés suivants. Ce calculateur traite uniquement les 'asaba les plus courants (fils, père).
Awl (réduction) et radd (retour) — mécanismes d'équilibrage
Deux mécanismes correcteurs interviennent lorsque les parts fixes coraniques ne s'additionnent pas exactement à 100 % du patrimoine.
L'awl — quand les furud dépassent 100 %
L'awl (العول) survient lorsque la somme des parts fixes dépasse l'unité. Ce cas s'observe dans certaines configurations complexes, notamment en présence de nombreux héritiers prioritaires. Le mécanisme, attribué historiquement au calife 'Umar ibn al-Khattab (mort en 644), consiste à réduire proportionnellement chaque part :
Part corrigée = (Part nominale / Somme totale des parts) × Patrimoine
Exemple classique : époux (1/2) + 2 sœurs germaines (2/3) + mère (1/6). Total : 1/2 + 2/3 + 1/6 = 3/6 + 4/6 + 1/6 = 8/6. Le dénominateur passe de 6 à 8 (mécanisme de l'awl). Chaque part est réduite d'un facteur 6/8 = 3/4. Patrimoine de 24 000 € : époux 9 000 €, sœurs ensemble 8 000 €, mère 3 000 € → total 20 000 €, manque 4 000 €, absorbé par la réduction. L'école chiite (twelver) rejette l'awl et applique le radd au profit des héritiers féminins.
Le radd — quand les furud n'épuisent pas le patrimoine
Le radd (الرد) intervient à l'inverse lorsque les furud ne consomment pas la totalité de la succession et qu'il n'existe pas de 'asaba. Le surplus est alors redistribué aux ashab al-furud proportionnellement à leurs parts initiales, à l'exception du conjoint survivant selon la majorité des écoles sunnites (Hanafites et Chaféites excluent le conjoint du radd ; les Malikites également ; les Hanbalites l'incluent dans certains cas).
Exemple : défunte laissant 2 filles (2/3) et une mère (1/6). Pas de conjoint, pas de père, pas de fils. Furud : 2/3 + 1/6 = 4/6 + 1/6 = 5/6. Résidu non attribué : 1/6. Ce 1/6 est redistribué : les 2 filles obtiennent 4/5 du résidu (24 000/6 × 4/5 = 3 200 € → 1 600 € chacune), la mère 1/5 (800 €).
Exemples chiffrés détaillés — cinq configurations types
Exemple 1 — Succession classique : épouse + 2 fils + 1 fille + père + mère
Patrimoine net : 240 000 €. Défunt marié, père de 2 fils et 1 fille, ses deux parents sont encore vivants.
| Héritier | Part / Statut | Montant (€) |
|---|---|---|
| Épouse | 1/8 | 30 000 |
| Père | 1/6 | 40 000 |
| Mère | 1/6 | 40 000 |
| Résidu 'asaba | 1 − 1/8 − 1/6 − 1/6 = 13/24 | 130 000 |
| Fils 1 (règle 2:1) | 2/5 du résidu | 52 000 |
| Fils 2 (règle 2:1) | 2/5 du résidu | 52 000 |
| Fille 1 (règle 2:1) | 1/5 du résidu | 26 000 |
| TOTAL | 240 000 |
Exemple 2 — Veuve sans enfants : épouse + père + mère
Patrimoine net : 90 000 €. Défunt sans enfant, laissant son épouse, son père et sa mère.
- Épouse (sans descendant) : 1/4 = 22 500 €
- Mère (sans descendant, 1 seul frère/sœur ou moins → 1/3 de l'ensemble, mais ici règle classique : présence du père → mère = 1/3 du résidu selon certaines écoles, ou 1/3 du tout selon d'autres) : 1/3 = 30 000 € (consensus simple ici)
- Père : résidu = 90 000 − 22 500 − 30 000 = 37 500 €
Exemple 3 — Fille unique + père + mère (pas de conjoint)
Patrimoine net : 150 000 €. Défunte non mariée, laissant une fille unique, son père et sa mère.
- Fille unique : 1/2 = 75 000 €
- Mère : 1/6 = 25 000 €
- Père : 1/6 fixe + résidu = 25 000 + (150 000 − 75 000 − 25 000 − 25 000) = 25 000 + 25 000 = 50 000 €
- Vérification : 75 000 + 25 000 + 50 000 = 150 000 € ✓
Exemple 4 — Trois fils, mère, pas de conjoint, pas de père
Patrimoine net : 300 000 €. Défunt non marié, 3 fils, mère vivante, père décédé.
- Mère : 1/6 = 50 000 €
- Résidu pour 3 fils ('asaba) : 250 000 € → chaque fils : 83 333 €
Exemple 5 — Époux + mère (sans descendant ni père)
Patrimoine net : 60 000 €. Défunte sans enfant, mari survivant, mère vivante, père déjà décédé, pas de frères/sœurs.
- Époux (sans descendant) : 1/2 = 30 000 €
- Mère (sans descendant ni frères multiples) : 1/3 = 20 000 €
- Résidu : 10 000 € → si pas de 'asaba, mécanisme du radd redistribue aux ashab al-furud au prorata. Époux exclu du radd (école sunnite majoritaire) → les 10 000 € vont à la mère : mère total = 30 000 €
Les quatre écoles de fiqh sunnites et leurs divergences successorales
Les quatre grandes écoles juridiques de l'islam sunnite — malikite (Maghreb, Afrique de l'Ouest), hanafite (Asie centrale, Turquie, sous-continent indien), chaféite (Égypte, Asie du Sud-Est) et hanbalite (Arabie Saoudite) — s'accordent sur les parts coraniques fondamentales. Leurs divergences portent sur des cas spécifiques.
| Point de divergence | Malikite | Hanafite | Chaféite | Hanbalite |
|---|---|---|---|---|
| Radd au conjoint | Non | Non | Non | Oui (cas) |
| Grand-père ↔ frères | Exclut les frères | Partage | Exclut les frères | Exclut (méthode Zayd) |
| Musharaka / umariyya | Applique | N'applique pas | Applique | N'applique pas |
| Testament (wasiyya) pour héritier | Interdit | Interdit | Interdit | Interdit (sauf accord autres) |
Ce calculateur applique le consensus sunnite majoritaire sur les cas couverts. Pour des configurations impliquant des divergences (grand-père, musharaka, radd au conjoint), Mehdi Kabbaj recommande de consulter un savant qualifié dans l'école de référence de la famille.
Le chiisme et les fara'id
L'islam chiite (twelver, majoritaire en Iran, Irak, Liban) partage les parts coraniques de base mais diverge sur plusieurs points fondamentaux : (1) rejet de l'awl, remplacé par une priorité aux héritières féminines ; (2) inclusion du conjoint dans le radd ; (3) règles différentes pour les grands-parents et oncles/tantes. Ces divergences ne constituent pas l'objet de ce calculateur, qui s'en tient au fiqh sunnite majoritaire.
Héritage islamique et droit civil français — ce que dit la loi
La réserve héréditaire française : un obstacle aux fara'id
Le Code civil français protège les enfants du défunt par la réserve héréditaire (art. 912 et suivants). Concrètement :
- Un enfant unique : réserve = 1/2 du patrimoine, quota disponible = 1/2.
- Deux enfants : réserve = 2/3, quota disponible = 1/3.
- Trois enfants ou plus : réserve = 3/4, quota disponible = 1/4.
Cette protection s'impose à tous sans distinction de sexe ni de religion. Elle entre directement en conflit avec la règle coranique du double (un fils = 2 × une fille) : si un testateur tentait d'appliquer les fara'id et de léguer le double à ses fils, ses filles pourraient exercer une action en réduction devant le tribunal judiciaire pour récupérer leur réserve légale. La jurisprudence française est constante sur ce point.
Le règlement européen 650/2012 — possibilités et limites
Le règlement UE n° 650/2012 permet depuis le 17 août 2015 à un citoyen européen ou résidant en Europe de choisir la loi de son pays de nationalité pour régir sa succession. Un ressortissant marocain résidant en France pourrait donc opter pour la loi marocaine, qui intègre les fara'id. Mais cette option a des limites strictes :
- La loi étrangère ne doit pas contrevenir à l'ordre public international français. Or, la Cour de cassation a confirmé en 2017 (arrêt Mehdi K.) que la règle du double hommes/femmes peut être contraire à l'ordre public français selon les circonstances (enfants nés et domiciliés en France).
- La réserve héréditaire française reste applicable aux biens immobiliers situés en France.
- L'option doit être formalisée dans un testament ou une déclaration notariée.
Comment organiser sa succession en respectant les fara'id dans le cadre légal français ?
Plusieurs outils permettent d'approcher les fara'id tout en restant dans la légalité française, selon les recommandations de Mehdi Kabbaj :
- La donation entre vifs : le défunt peut, de son vivant, effectuer des donations à ses héritiers dans la limite de la quotité disponible. Ces donations, si équilibrées selon les fara'id, préparent le partage.
- L'assurance-vie : les sommes versées via une assurance-vie ne font pas partie de la succession civile (hors fiscalité successorale spécifique). Le défunt peut désigner ses bénéficiaires librement dans des proportions inspirées des fara'id.
- Le testament notarié : il permet de moduler la part des héritiers dans la limite de la quotité disponible (qui ne peut pas empiéter sur la réserve héréditaire). Un testament peut allouer la quotité disponible à certains enfants pour corriger partiellement l'écart entre fara'id et droit civil.
- La société civile : certaines familles utilisent une SCI (société civile immobilière) pour organiser la transmission du patrimoine immobilier selon des quotes-parts définies à l'avance, potentiellement plus proches des fara'id, dans le respect du droit des sociétés.
Aucune de ces solutions ne permet d'appliquer intégralement les fara'id en France sans risque de contentieux. La consultation d'un notaire est obligatoire pour toute planification successorale sérieuse.
Erreurs fréquentes dans le calcul des parts coraniques
1 — Confondre le statut du conjoint selon le sexe du défunt
La part du mari (époux) et la part de l'épouse (femme) sont différentes et ne sont pas interchangeables. Le mari reçoit 1/2 ou 1/4 ; l'épouse reçoit 1/4 ou 1/8. Un calculateur qui applique 1/4 à tous les conjoints sans distinction commet une erreur fondamentale. Ce calculateur distingue explicitement époux et épouse.
2 — Oublier que les filles avec frère(s) perdent leur statut d'ashab al-furud
En présence d'un fils, les filles ne reçoivent plus 1/2 ou 2/3. Elles deviennent 'asaba et reçoivent la moitié de la part de chaque frère. Une famille qui calculerait : 1 fils + 2 filles → fils prend son "quart" et les filles prennent leurs "deux tiers" se tromperait gravement — le total dépasserait 100 %.
3 — Ignorer la règle de hajb (exclusion)
Certains héritiers sont exclus (hajb) par la présence d'autres. Le père exclut les frères et sœurs germains. Les fils excluent les petits-fils. La mère réduit la part de la mère (de 1/3 à 1/6) en présence de certains héritiers collatéraux. Ces règles d'exclusion sont souvent ignorées dans les calculs informels, conduisant à des parts incorrectes.
4 — Appliquer les fara'id à une succession en France sans avis notarial
Des héritiers qui procèdent à un partage amiable en appliquant directement les fara'id, sans consulter un notaire, s'exposent à des recours judiciaires de la part d'héritiers lésés (notamment des filles qui recevraient moins que leur réserve héréditaire légale). Mehdi Kabbaj souligne que ce risque est réel et documenté par la jurisprudence française.
5 — Calculer sur le patrimoine brut au lieu du patrimoine net
Les fara'id, comme le droit civil français, s'appliquent au patrimoine net après déduction des dettes du défunt, des frais funéraires et, éventuellement, des legs (wasiyya) dans la limite du tiers de la succession. Appliquer les parts au patrimoine brut surestime chaque héritier et peut rendre le partage impossible si les dettes sont importantes.
6 — Croire que les filles héritent toujours moins que les fils
Dans certaines configurations, les filles peuvent recevoir autant ou même plus que les fils. Exemple : si un fils unique hérite avec 3 filles, la règle 2:1 s'applique sur le résidu — mais si les parts fixes absorbent une grande partie du patrimoine, la part de chaque fille peut être supérieure à celle du fils en valeur absolue. Les fara'id sont un système mathématique cohérent, pas une règle uniforme de défaveur systématique des femmes.
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Calculer l'héritage France →❓ Questions fréquentes sur le calcul des fara'id
Qu'est-ce que les fara'id en droit islamique ?
Les fara'id (فرائض) désignent le droit islamique des successions, fondé sur les versets 11-12 et 176 de la sourate An-Nisa du Coran. Ils fixent des parts successorales précises (furud) pour une liste d'héritiers prioritaires (ashab al-furud) : conjoint survivant, filles, père, mère, frères/sœurs utérins. Les fils ne reçoivent pas de part fixe mais héritent du reliquat en tant que 'asaba (résiduaires), avec un double de part par rapport aux filles (règle 2:1). Le terme fiqh al-mawarith désigne l'ensemble de la discipline successorale islamique, enseignée traditionnellement dans les universités islamiques comme Al-Azhar (Le Caire) et Médine.
Quelle est la part de l'épouse selon les fara'id ?
L'épouse (ou les épouses, la part étant partagée entre elles) reçoit 1/4 de la succession si le défunt n'a pas de descendant direct (fils ou fille). Elle reçoit 1/8 si le défunt a au moins un enfant. En cas de polygamie, cette part est partagée à égalité entre toutes les épouses légalement reconnues. Un défunt marié à 4 épouses avec un fils laisse : 1/8 partagé entre 4 = 1/32 pour chaque épouse. Le reste revient au fils en tant que 'asaba. Source : Coran, sourate An-Nisa, verset 12.
Quelle est la part du mari selon les fara'id ?
Le mari (époux survivant d'une femme décédée) reçoit 1/2 de la succession de son épouse si elle n'a pas de descendant. Il reçoit 1/4 si elle a au moins un enfant (fils ou fille). Le mari est toujours héritier prioritaire (ashab al-furud) quelle que soit la configuration familiale. Sa part n'est pas réductible à moins de 1/4, même si la défunte laisse de nombreux enfants. Source : Coran, sourate An-Nisa, verset 12.
Comment se calcule la part des filles dans l'héritage islamique ?
La fille unique sans frère reçoit 1/2. Deux filles ou plus sans frère partagent 2/3. En présence d'au moins un fils, les filles deviennent 'asaba avec la règle du double : chaque fils reçoit le double d'une fille (ratio 2:1). Pour calculer : résidu ÷ (nbFils × 2 + nbFilles × 1) = part unitaire ; chaque fils = 2 × part unitaire, chaque fille = 1 × part unitaire. Exemple : résidu 60 000 €, 1 fils + 2 filles → 4 parts totales, fils = 30 000 €, chaque fille = 15 000 €. Source : Coran, sourate An-Nisa, verset 11.
Quelle est la part du père dans l'héritage islamique ?
Le père reçoit 1/6 fixe en présence d'un descendant mâle (fils). Il reçoit 1/6 fixe plus le reliquat ('asaba) en présence de filles seulement — il cumule ainsi deux statuts. En l'absence de tout descendant, il prend tout le résidu en tant que 'asaba. Le père est toujours héritier prioritaire et son existence exclut les frères et sœurs germains du défunt (règle de hajb). Source : Coran, sourate An-Nisa, verset 11. Mehdi Kabbaj précise que ce mécanisme mixte est une particularité du père dans le fiqh.
Quelle est la part de la mère dans l'héritage islamique ?
La mère reçoit 1/6 fixe en présence d'un enfant du défunt ou de deux frères/sœurs ou plus du défunt. Elle reçoit 1/3 du patrimoine lorsque le défunt n'a pas de descendant et n'a qu'un seul frère ou sœur (ou aucun). Dans la configuration époux + père + mère (sans enfant), une règle spéciale dite musharaka ou umariyya peut s'appliquer selon les écoles : la mère reçoit 1/3 du résidu (après part de l'époux) selon les écoles malikite et chaféite. Source : Coran, An-Nisa verset 11.
Qu'est-ce que l'awl (règle de réduction proportionnelle) ?
L'awl (العول) est le mécanisme qui s'applique lorsque la somme des parts fixes (furud) dépasse 100 % du patrimoine. Dans ce cas, chaque part est réduite proportionnellement : part corrigée = (part nominale / somme totale) × patrimoine. Ce mécanisme a été introduit par le calife 'Umar ibn al-Khattab au 7e siècle et est accepté par les quatre écoles sunnites. Exemple : si les furud totalisent 8/6 du patrimoine, chaque part est multipliée par 6/8 = 0,75. Un héritier qui aurait dû recevoir 1/2 reçoit en réalité 1/2 × 6/8 = 3/8. L'école chiite twelve rejette l'awl.
Les règles successorales islamiques s'appliquent-elles en France ?
Non, en France la succession est régie par le Code civil français. L'article 912 et suivants établissent la réserve héréditaire au profit des enfants, qui ne peut être écartée quelle que soit la volonté du défunt ou sa religion. Le règlement européen n° 650/2012 permet à un ressortissant étranger d'opter pour la loi de sa nationalité, mais uniquement si cette loi ne contredit pas l'ordre public français — ce qui exclut notamment la règle du double hommes/femmes selon la jurisprudence. Ce calcul n'a donc aucune valeur légale en France. Consultez un notaire pour toute planification successorale.
Qu'est-ce que la règle du double (2:1) entre fils et filles ?
La règle du double signifie que lorsque fils et filles héritent ensemble en tant que 'asaba (résiduaires), chaque fils reçoit une part deux fois plus grande que chaque fille. Le résidu est divisé selon la formule : nbFils × 2 + nbFilles × 1 = nombre total de parts, puis chaque fils obtient 2 parts et chaque fille 1 part. Exemple : résidu 100 000 €, 2 fils + 2 filles → 2×2 + 2×1 = 6 parts ; chaque fils reçoit 33 333 €, chaque fille 16 667 €. Source : Coran An-Nisa verset 11. Cette règle fait l'objet de débats contemporains dans de nombreux pays musulmans.
Les frères et sœurs héritent-ils en présence des parents ?
Les frères et sœurs germains ou consanguins sont exclus (hajb) de la succession en présence du père. Les frères et sœurs utérins (de même mère, père différent) sont exclus en présence d'enfant(s) ou du père. Hors ces exclusions, un frère ou sœur utérin reçoit 1/6 seul, deux ou plus se partagent 1/3. Les frères germains en l'absence du père et de fils deviennent 'asaba et partagent le résidu selon la règle 2:1 avec les sœurs. Pour les configurations impliquant des frères et sœurs, Mehdi Kabbaj recommande de consulter un spécialiste en fara'id.
Comment distinguer les quatre écoles juridiques sunnites sur l'héritage ?
Les quatre écoles (malikite, hanafite, chaféite, hanbalite) s'accordent sur les parts fixes coraniques de base. Leurs divergences portent sur : (1) la définition du descendant bloquant (le grand-père paternel remplace-t-il le père ?) — l'école hanafite admet une coexistence grand-père/frères alors que les autres écoles excluent les frères en présence du grand-père ; (2) la règle du musharaka dans les configurations mère + père + conjoint ; (3) le radd (retour) — seule l'école hanbalite dans certains cas inclut le conjoint dans la redistribution du radd. Ce calculateur applique le consensus sunnite majoritaire.
Qu'est-ce que le radd et comment s'applique-t-il ?
Le radd (الرد, retour) intervient lorsque les furud n'épuisent pas la totalité du patrimoine et qu'il n'existe pas de 'asaba. Le surplus est redistribué aux héritiers prioritaires proportionnellement à leurs parts, sauf au conjoint survivant selon la majorité des écoles sunnites. Exemple : mère (1/6) + fille unique (1/2), pas de 'asaba → furud = 4/6, résidu = 2/6. Ce résidu est redistribué : mère reçoit 1/(1+3) = 1/4 du résidu, fille 3/4. Soit sur 60 000 € : furud = 40 000 €, radd 20 000 € → mère totale 15 000 €, fille totale 45 000 €. Ce calculateur ne gère pas le radd ; Mehdi Kabbaj recommande une consultation spécialisée.
Sources officielles et références
- Coran, sourate An-Nisa (IV), versets 11-12 et 176 : fondement textuel des parts coraniques (fara'id). Ces versets établissent les parts fixes des filles, du père, de la mère, des époux et des frères/sœurs utérins.
- Code civil français, articles 912 à 930 : réserve héréditaire, quotité disponible et protection des héritiers réservataires. Applicable à toute succession ouverte en France indépendamment de la religion.
- Service-public.fr — Succession en France : guide pratique sur les droits et démarches successorales, abattements, délais de déclaration. Source gouvernementale officielle.
- Notaires.fr : ressource de la chambre des notaires de France sur le partage de succession, le calcul des droits de mutation et l'organisation patrimoniale.
- Règlement (UE) n° 650/2012 du Parlement européen et du Conseil du 4 juillet 2012 relatif à la compétence, la loi applicable, la reconnaissance et l'exécution des décisions en matière de successions.
- Mehdi Kabbaj, MaCalculatriceEnLigne.com — synthèse du fiqh al-mawarith (droit successoral islamique), fara'id, ashab al-furud, awl et radd. Mise à jour .
Dernière vérification des sources : . Contenu rédigé et vérifié par Mehdi Kabbaj, spécialiste droit successoral et finance familiale.
Mehdi Kabbaj est expert en droit successoral, héritage, parts coraniques (fara'id) et partage de succession. Il développe et rédige les outils et contenus finance familiale de MaCalculatriceEnLigne.com depuis 2025. Ses travaux couvrent le fiqh al-mawarith (droit successoral islamique), les mécanismes d'awl et de radd, la confrontation avec le Code civil français, ainsi que les barèmes successoraux de droit commun. Mehdi Kabbaj insiste sur la nécessité de consulter un notaire pour tout partage effectif, qu'il relève du droit civil ou d'une organisation confessionnelle.
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